Visite officielle du Premier ministre de la Répubique de l’Inde en France [en]

Déclaration conjointe franco-indienne à l’occasion de la visite en France du Premier ministre indien ainsi que la déclaration à la presse du Président Emmanuel Macron.

Château de Chantilly, le 22 août 2019

Déclaration conjointe franco-indienne

1. Le Premier ministre indien, M. Narendra Modi, s’est rendu en France pour une visite officielle à l’invitation du Président de la République française, M. Emmanuel Macron, pour un Sommet bilatéral les 22 et 23 août 2019 à Paris et pour participer au Sommet du G7, les 25 et 26 août 2019, à Biarritz, sous la présidence française du G7.

2. La France et l’Inde sont partenaires stratégiques depuis 1998 et ces liens traditionnels sont solides, fiables et témoignent de nos visions communes dans tous les domaines. Les relations franco-indiennes sont marquées par la confiance mutuelle qui s’est instaurée entre deux partenaires stratégiques qui ont toujours été aux côtés l’un de l’autre. Cette relation s’est transformée en un partenariat structuré, tant au niveau bilatéral qu’au sein des enceintes internationales. La France et l’Inde ont décidé de conférer à ce partenariat une nouvelle ambition en l’ouvrant à de nouveaux domaines de coopération.

3. Les deux parties ont enregistré des avancées positives dans le développement des échanges bilatéraux et des relations économiques entre leurs pays. Elles ont réaffirmé que la Commission mixte administrative, économique et commerciale franco-indienne fournit un cadre approprié pour évaluer et élaborer des moyens de promouvoir les échanges et les investissements bilatéraux, de même que pour accélérer la résolution des problèmes d’accès au marché, au bénéfice des opérateurs économiques. A cet égard, il a été décidé de renforcer encore les efforts pour résoudre les questions de commerce et d’investissements représentant des sources de préoccupation pour les entreprises françaises et indiennes, notamment grâce à des moyens et des mécanismes supplémentaires. Les dirigeants ont reconnu conjointement que le dialogue économique et financier de haut niveau entre la France et l’Inde devait être réactivé dès que possible.

4. Dans le droit fil de la Vision conjointe adoptée pendant la visite d’Etat du Président Macron en mars 2018, la France et l’Inde entendent approfondir leur coopération dans le domaine spatial afin de relever ensemble de nouveaux défis, que ce soit en matière d’exploration planétaire ou de vols spatiaux habités. La France et l’Inde saluent donc la décision d’assurer la formation des personnels de soutien médical aux astronautes indiens qui participeront à la mission spatiale habitée indienne en 2022. La formation sera assurée en France et en Inde. Les dirigeants se sont félicités de la signature d’un arrangement de mise en œuvre pour l’établissement d’un cadre pour la réalisation d’une mission commune de surveillance maritime. Ils ont également salué le lancement de l’observatoire spatial du climat qui renforce la coopération franco-indienne en matière de lutte contre les changements climatiques, outre la mission conjointe TRISHNA et l’embarquement d’une balise française Argos sur le satellite indien Oceansat 3. Dans un environnement de plus en plus menacé, ils ont également décidé d’agir ensemble au niveau international en vue de promouvoir les normes et les bonnes pratiques nécessaires pour garantir la sécurité des missions spatiales.

5. Dans l’espace numérique, les deux pays soutiennent un développement économique et social grâce à un cyberespace ouvert, sûr et pacifique dans lequel s’applique le droit international. A cette fin, les deux dirigeants ont adopté une feuille de route sur la cybersécurité et le numérique visant à étendre la coopération bilatérale franco-indienne, notamment dans les secteurs stratégiques du supercalcul et de l’intelligence artificielle, dans l’objectif de rapprocher nos écosystèmes de start-ups. Ils ont également salué la signature de l’accord de coopération entre le Centre for Development of Advanced Computing et Atos visant à développer la coopération franco-indienne dans les domaines de l’informatique quantique, de l’intelligence artificielle et du supercalcul exaflopique.

6. les deux dirigeants se sont déclarés satisfaits du progrès des négociations entre NPCIL et EDF depuis la conclusion de l’Accord industriel entre les deux parties en 2018 pour la construction de six réacteurs nucléaires en Inde à Jaitapur, dans l’État du Maharashtra. Ils ont également pris acte que des discussions étaient en cours sur l’offre technico-commerciale et le financement du projet ainsi que sur les possibilités d’accroître la localisation par la fabrication en Inde et d’améliorer la compréhension commune de la loi sur la responsabilité civile en matière de dommages nucléaires entre les deux parties. Les deux parties ont réaffirmé leur volonté de poursuivre activement des discussions pour qu’elles aboutissent rapidement. Elles ont également salué la reconduction pour cinq ans du Mémorandum d’entente entre le Department of Atomic Energy (DAE) et le Commissariat à l’Energie Atomique et aux Energies Alternatives (CEA) relatif à la coopération avec le Centre mondial pour les Partenariats en matière d’Energie nucléaire en janvier 2019, ainsi que la signature de l’Accord de mise en œuvre entre le Centre de recherches atomiques de Bhabha (BARC) et le CEA sur la sûreté des réacteurs à eau légère en septembre 2018. Elles ont également salué le partenariat conjoint sur le réacteur thermonucléaire expérimental international (ITER) et les projets de l’Organisation européenne pour la recherche nucléaire (CERN).

7. La coopération bilatérale est principalement fondée sur un partenariat ambitieux dans le secteur de la défense. Saluant le succès des éditions 2019 des exercices navals Varuna et aériens Garuda, ainsi que des préparatifs de l’exercice Shakti, qui se tiendra à l’automne en Inde, la France et l’Inde sont déterminées à renforcer encore la coopération entre leurs forces armées et s’emploient à cet égard à atteindre une meilleure interopérabilité et à poursuivre leurs travaux en vue de développer la coopération interarmée. La signature d’un Accord sur la fourniture d’un soutien logistique réciproque témoigne de ces efforts.

8. La coopération industrielle dans le domaine de la défense constitue l’un des piliers du partenariat stratégique entre la France et l’Inde. Le Premier ministre indien et le Président de la République française ont noté avec satisfaction les progrès accomplis concernant la mise en œuvre des accords signés, notamment la livraison du premier avion de combat Rafale cette année. Ils ont réaffirmé leur engagement à renforcer encore leur coopération dans le domaine de l’industrie de la défense et ont apporté leur soutien à des partenariats existants ou à venir entre les entreprises du secteur de la défense des deux pays dans l’esprit du « Make in India » et au bénéfice mutuel des deux pays. Les deux parties ont noté avec satisfaction que les MPME indiennes font de plus en plus partie intégrante des chaînes d’approvisionnement mondiales de la Défense française et des équipementiers FEO de l’aérospatiale et elles ont réaffirmé leur intention de renforcer cette tendance. Elles ont salué la collaboration en cours entre les groupements des industries de l’aérospatiale et de la défense des deux pays, la SIDM pour l’Inde et le GIFAS pour la France.

9. La France et l’Inde conviennent de renforcer de façon significative les contacts entre les peuples et les échanges culturels. Il a été convenu d’établir un dialogue régulier sur les questions consulaires, ce qui facilitera les échanges et la mobilité. Accueillir mutuellement des touristes de l’autre pays constitue une priorité spéciale - 700 000 touristes indiens ont visité la France en 2018, en augmentation de 17 % par rapport à 2017, et plus de 250.000 touristes français ont visité l’Inde.

10. L’éducation représente un important domaine de coopération. Les deux parties se sont félicitées du niveau de mobilité des étudiants entre les deux pays, auquel a contribué l’enseignement du français en Inde et la création d’un réseau d’écoles d’excellence en français. L’objectif de 10.000 étudiants en échange, fixé en 2018, sera atteint dès cette année et les deux parties ont donc décidé de relever l’objectif à 20.000 étudiants d’ici 2025.

11. Les dirigeants ont salué l’organisation du deuxième Knowledge Summit à Lyon, en octobre 2019. Ce sommet contribuera à structurer les partenariats universitaires et scientifiques avec des entités du secteur privé sur des questions cruciales, telles que l’aérospatiale, les énergies renouvelables, la chimie verte, les villes intelligentes, l’agriculture, les sciences marines et l’intelligence artificielle. La France et l’Inde ont signé un arrangement administratif afin de renforcer leur coopération en matière de formation professionnelle.

12. Les dirigeants se sont félicités du fort potentiel franco-indien de coopération dans le domaine de la culture, qui se traduira par la participation à de grands événements culturels de l’autre pays. Il a été décidé que l’Inde sera le pays invité d’honneur de l’édition de 2020 de Livre Paris, le Salon international du Livre de Paris ; le Musée national d’art moderne de Delhi présentera la première exposition en Inde de l’artiste français Gérard Garouste en janvier 2020 ; et le Musée national d’art moderne (Centre Georges Pompidou) présentera une exposition consacrée aux œuvres de l’artiste indien Sayed Haider Raza en 2021. L’Inde organisera le festival Namasté France en 2021-2022. Les deux pays adopteront d’ici la fin 2019 un Plan d’action destiné à renforcer les projets de coproduction, la distribution et la formation dans les domaines du cinéma, des jeux vidéo et de la réalité virtuelle. La France et l’Inde sont convenues de coopérer dans le tournage de films dans les deux pays.

13. Dans le cadre de leur partenariat pour la planète, la France et l’Inde ont réaffirmé leur engagement commun à lutter efficacement contre le changement climatique et l’érosion de la biodiversité.

14. Reconnaissant la nécessité d’agir à plusieurs niveaux – local, national, régional et mondial – la France et l’Inde appellent toutes les parties prenantes à contribuer au succès du Sommet Action Climat convoqué par le Secrétaire général des Nations Unies le 23 septembre 2019 et à encourager les efforts au niveau mondial pour lutter contre le changement climatique. Elles ont réaffirmé leur détermination à actualiser leur contribution déterminée au niveau national de façon à marquer une progression par rapport à leur contribution actuelle et à refléter le plus haut niveau d’ambition possible conformément aux principes de la Convention-cadre des Nations Unies sur les Changements climatiques (CCNUCC) et de l’Accord de Paris, notamment les principes d’équité et de responsabilités communes, mais différenciées, et des capacités respectives.

15. La France et l’Inde ont réaffirmé l’importance du respect des engagements pris au titre de la CCNUCC et de l’Accord de Paris et ont également appelé tous les pays développés à hausser le niveau de leur contribution au Fonds vert pour le climat pour sa première reconstitution, conformément à leurs engagements. Tenant compte des objectifs de l’Accord de Paris et des récentes conclusions du rapport spécial du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) concernant l’impact d’un réchauffement climatique mondial de 1,5 degré Celsius par rapport aux niveaux préindustriels ainsi que du Rapport spécial du CICC sur le changement climatique et les terres émergées, la France, sous l’égide de l’Union européenne, et l’Inde mettront en œuvre d’ici 2020 des stratégies à long terme de développement à faible émission de GES, tenant compte de leurs responsabilités communes, mais différenciées et de leurs capacités respectives, en fonction de leurs conditions nationales spécifiques, et reflétant le plus haut niveau possible d’ambition nationale, conformément à l’Accord de Paris.

16. Dans le cadre du Sommet du G7 à Biarritz et du Sommet Action Climat organisé par le Secrétaire général des Nations Unies le 23 septembre 2019, la France et l’Inde soutiendront également de nouvelles initiatives visant à un développement à faible taux d’émission de gaz à effet de serre et résilient face au changement climatique, notamment en alignant les flux financiers avec les objectifs de l’Accord de Paris et en soutenant la transition vers des industries à plus faibles émissions. Les deux pays s’engagent ainsi à s’employer ensemble à encourager la ratification et la mise en œuvre de l’Amendement de Kigali au Protocole de Montréal relatif à la réduction des hydrofluorocarbures (HFC) et à promouvoir des normes améliorées en matière d’efficacité énergétique dans le secteur de la réfrigération, en soutenant notamment l’« Engagement de Biarritz pour une action rapide en faveur de l’efficacité des systèmes de refroidissement » telle qu’elle devrait être adoptée. La France et l’Inde réitèrent leur engagement formulé durant le sommet du G20 à rationaliser et supprimer à moyen terme les subventions inefficaces aux combustibles fossiles, tout en apportant un soutien ciblé aux plus vulnérables, et à participer ensemble à un examen par les pairs.

17. Les deux pays ont réaffirmé leur détermination commune à accélérer le développement et le déploiement des énergies renouvelables. Ils ont noté avec satisfaction les progrès réalisés jusqu’à présent par l’Alliance solaire internationale en matière de renforcement des capacités et de partage de bonnes pratiques afin d’exploiter l’énergie solaire entre les États membres. Les deux pays ont salué la mise en œuvre du Mécanisme de sécurité des paiements par la Solar Energy Corporation of India (SECI) et se sont félicitées des progrès réalisés par la Banque mondiale et l’Agence française de développement sur des projets menés dans le cadre de l’Initiative d’atténuation des risques pour les projets solaires afin de renforcer la confiance des investisseurs. Tout en se réjouissant de la signature de l’accord entre le CEA et le NISE dans le domaine de l’énergie hydrogène, ils ont décidé d’approfondir encore leur coopération technique en matière d’énergies renouvelables. Dans ce cadre, la France et l’Inde, qui contribuent au développement durable en Afrique, sont désireuses de coopérer afin de mettre en œuvre des projets conjoints sur le continent. Des discussions sont engagées pour des projets tripartites, notamment sur les questions d’irrigation solaire et de développement rural dans les pays africains et sur le développement des compétences par la formation professionnelle afin d’appuyer le développement du secteur photovoltaïque solaire au Tchad.

18. Face à l’érosion de la biodiversité et conformément à la Charte sur la biodiversité qui sera avalisée lors du Sommet du G7 à Biarritz, la France et l’Inde s’emploieront activement à donner une impulsion à de nouveaux engagements internationaux, régionaux, nationaux et locaux dans la perspective des grandes échéances internationales de 2020, notamment le Congrès mondial de la nature de l’UICN qui se tiendra à Marseille et la 15ème Conférence des Parties à la Convention sur la diversité biologique (COP15). Rappelant que le succès de la mise en œuvre de la future Stratégie mondiale sur la biodiversité, qui contribue à la réalisation des trois objectifs de cette convention, dépend de la mobilisation des ressources, elles ont formulé le vœu que les ressources financières soient à la mesure des défis, sur le modèle de la cible fixée en 2012 à Hyderabad en vue d’accroître le flux de ressources financières internationales allouées à la diversité biologique dans les pays en développement.

19. La France et l’Inde s’accordent sur le fait que les océans jouent un rôle important dans la lutte contre le changement climatique, la préservation de la biodiversité et le développement, et reconnaissant le lien entre environnement et sécurité, elles ont décidé d’étendre la portée de leur coopération maritime pour traiter ces questions. Pour une exploitation durable des ressources marines, les deux Parties œuvreront à une gouvernance des océans, notamment par une coordination au sein des organes internationaux compétents. L’économie bleue et la résilience côtière sont une priorité commune de la France et de l’Inde. À cet égard, les deux Parties sont convenues d’explorer les possibilités de collaboration en matière de recherche scientifique marine en vue d’une meilleure connaissance des océans, notamment l’océan Indien.

20. À l’approche de la 14e session de la Conférence des Parties à la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification, qui se tiendra du 2 au 13 septembre 2019 à New Delhi, et du 25ème anniversaire de cette Convention signée à Paris en juin 1994, la France et l’Inde ont rappelé l’impérieuse nécessité d’une transformation durable de l’exploitation de la planète Terre. Elles souhaitent contribuer à des mesures de restauration des sols de façon à lutter contre la pauvreté, les inégalités et l’insécurité alimentaire d’une part, et à prévenir et atténuer le changement climatique et préserver ou restaurer la biodiversité, d’autre part. Ces mesures pourraient s’appuyer sur les recommandations du rapport spécial de la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) relatif à la dégradation et la restauration des sols et sur son évaluation globale sur la biodiversité, de même que sur le rapport spécial du GIEC sur le changement climatique et les terres émergées, adopté à Genève en août 2019.

21. Dans cet esprit, la France et l’Inde ont l’intention de promouvoir l’initiative lancée par les ministres de l’Environnement du G7 à Metz en vue de mettre en œuvre des chaînes d’approvisionnement durables en produits agricoles afin de combattre la déforestation, notamment du point de vue environnemental, par le biais de certifications reconnues.

22. Les deux dirigeants ont réitéré leur ferme condamnation du terrorisme sous toutes ses formes et manifestations, notamment du terrorisme transfrontalier et des actes de terrorisme survenus en France et en Inde. Ils ont réaffirmé que le terrorisme ne saurait se justifier en aucun cas ni être associé à une religion, une croyance, une nationalité ou une appartenance ethnique.

23. Rappelant la déclaration conjointe sur le terrorisme adoptée par les deux pays en janvier 2016, les deux dirigeants ont réitéré leur ferme détermination à éradiquer le terrorisme où qu’il se manifeste et ont engagé instamment la communauté internationale à renforcer ses efforts pour combattre et prévenir le financement du terrorisme. Ils ont appelé tous les États membres des Nations Unies à mettre en œuvre la résolution 2462 du Conseil de Sécurité des Nations Unies sur la lutte contre le financement du terrorisme, adoptée le 28 mars dernier, et ont salué l’organisation à Melbourne, les 7 et 8 novembre, d’une nouvelle conférence internationale « No Money for Terror » sur la lutte contre le financement du terrorisme qui s’appuiera sur les travaux de la conférence d’avril 2018 organisée à Paris par le gouvernement français, ainsi que sur l’Agenda de Paris. Les deux dirigeants sont convenus d’œuvrer à une convocation rapide de la conférence mondiale proposée par l’Inde afin de s’attaquer à la menace terroriste dans le monde entier.

24. Ils ont également invité tous les pays à coopérer pour éradiquer les sanctuaires et infrastructures terroristes, démanteler les réseaux terroristes et leurs circuits de financement et mettre un terme aux mouvements transfrontaliers de terroristes appartenant aux groupes Al-Qaïda, Daech, Jaish-e-Mohammed, Hizb-ul Mujahideen, Lashkar-e-Taiba et leurs associés ainsi qu’à des groupes terroristes menaçant la paix et la sécurité en Asie du Sud et dans la région du Sahel.

25. Au-delà de l’excellente coopération entre les agences centrales et les services d’enquête des deux pays, les deux dirigeants sont convenus de renforcer également leur coopération opérationnelle et de lancer de nouveaux efforts pour prévenir et combattre la radicalisation, en particulier la radicalisation en ligne.

26. Les deux dirigeants ont réaffirmé leur soutien à la mise en œuvre de l’Appel à l’action de Christchurch visant à supprimer les contenus terroristes et extrémistes violents en ligne qui a été adopté à Paris le 15 mai dernier. Ils sont convenus de renforcer les actions de lutte contre le terrorisme, dans le cadre d’enceintes multilatérales telles que les Nations Unies, le Forum mondial de lutte contre le terrorisme, le Groupe d’action financière internationale, le G20 etc. Ils ont appelé tous les pays membres des Nations Unies à appliquer la résolution 1267 du Conseil de sécurité des Nations Unies ainsi que d’autres résolutions pertinentes désignant des entités terroristes. Les dirigeants sont également convenus d’œuvrer ensemble à l’adoption rapide de la Convention globale sur le terrorisme international (CCIT) aux Nations Unies.

27. Fondée sur une détermination commune à maintenir la liberté de navigation, notamment dans la zone Indopacifique, la coopération entre la France et l’Inde en matière de sécurité maritime est un domaine d’excellence dans leur partenariat stratégique. À cet égard, la France et l’Inde se sont félicitées de la mise en œuvre rapide des conclusions de la Vision stratégique commune de la coopération franco-indienne dans la région de l’océan Indien, adoptée durant la visite d’État du président Macron en Inde en mars 2018.

28. Pour la mise en œuvre de l’accord bilatéral d’échange d’informations sur les navires civils (white shipping), la France et l’Inde se félicitent de la nomination d’un officier de liaison français au Centre de fusion de l’information – Région océan Indien (IFC-IOR) à Gurugram.

29. La France et l’Inde entendent coordonner leur action au sein de l’Association des États riverains de l’océan Indien (IORA) et entreprendre, de concert avec les États intéressés, un projet conjoint en vue de renforcer les moyens de combattre la piraterie et les trafics maritimes en tous genres dans le sud de l’océan Indien. La France a également l’intention d’œuvrer de concert avec l’Inde dans le cadre du Symposium naval de l’océan Indien (IONS) qu’elle présidera de 2020 à 2022.

30. La France et l’Inde sont des sociétés démocratiques déterminées à défendre le multilatéralisme. Elles croient plus que jamais en un système international réformé, plus efficace, apte à relever les défis du 21e siècle. Par conséquent, la France a souhaité associer l’Inde au Sommet du G7 de manière à mieux répondre aux défis de la transition numérique, de l’urgence climatique et de l’érosion de la biodiversité. La France et l’Inde appellent à une réforme du Conseil de sécurité des Nations Unies permettant à l’Inde d’y obtenir un siège permanent. Elles ont également réaffirmé leur détermination à œuvrer de façon rapide et constructive, ensemble et avec d’autres pays, à la modernisation de l’Organisation mondiale du Commerce, notamment dans la perspective de la 12e conférence ministérielle qui aura lieu en juin 2020. Elles sont convenues qu’une actualisation des règles et une amélioration des fonctions de l’Organisation mettant particulièrement l’accent sur le système de règlement des différends est nécessaire pour renforcer le système commercial multilatéral ouvert, équitable, transparent et fondé sur des règles qui est depuis longtemps un important moteur de croissance et de développement. Elles ont appuyé la mise en œuvre des principes du G20 en matière d’investissements dans les infrastructures de qualité. Par ailleurs, elles coopèrent dans le cadre du Club de Paris, principal forum international pour la restructuration des dettes publiques bilatérales.

31. Conscientes que l’Union européenne apporte une valeur ajoutée à cette relation bilatérale, la France et l’Inde ont réaffirmé leur détermination à approfondir les relations entre l’UE et l’Inde sur des questions stratégiques et multilatérales ainsi qu’en matière de commerce, d’investissements et d’innovation.

32. La France et l’Inde coopèrent activement en faveur de la paix et de la sécurité internationale, notamment lors des crises régionales qui les menacent. En Afghanistan, elles appuient un processus de paix et de réconciliation inclusif dirigé, pris en main et contrôlé par les Afghans, menant à un règlement politique durable fondé sur la préservation des acquis, notamment l’ordre constitutionnel, les droits de l’homme, notamment les droits des femmes et les libertés acquises au cours des dix-huit ans écoulés. Elles appellent à la tenue d’élections présidentielles en temps opportun, à la cessation des violences terroristes et à la fin des refuges et des sanctuaires terroristes pour parvenir à une paix, une sécurité et une stabilité durables et viables en Afghanistan.

33. La France et l’Inde sont convenues qu’un respect intégral du Plan d’action global commun (JCPOA) sur le programme nucléaire iranien et de la résolution 2231 du Conseil de sécurité des Nations Unies est nécessaire pour assurer la paix et la sécurité internationales, et que les problèmes actuels doivent être réglés de façon pacifique à travers le dialogue, notamment par des efforts en vue d’une désescalade des tensions actuelles.

34. Se déclarant satisfaites du niveau d’engagement existant, les deux Parties ont réaffirmé leur détermination à renforcer encore leur partenariat dans l’objectif de parvenir à une relation encore plus solide, étroite, et complémentaire, notamment une synergie de leurs approches des questions d’importance régionale et mondiale.

Déclaration à la presse du Président Emmanuel Macron

Seul le prononcé fait foi

Monsieur le Premier ministre, Cher Narendra, Mesdames Messieurs,

C’est un grand plaisir pour moi de vous accueillir ici, à Chantilly dans ce château pour votre seconde visite en France en deux ans, et la première depuis votre réélection. Je garde un souvenir exceptionnel de l’accueil que vous m’aviez réservé lors de ma visite de mars 2018, dans votre pays et tout particulièrement à Bénarès dans un lieu, je le sais, qui vous est cher. Nous l’évoquions tout à l’heure ensemble lors de notre échange. Et c’est la raison pour laquelle j’ai aussi voulu vous accueillir à mon tour au château de Chantilly, dans ce qui est un joyau du patrimoine français, de notre histoire, dans une région qui m’est chère et d’où je viens, à un moment du cours du monde qui rend particulièrement importante notre discussion.

Voici quelques mois, vous avez été réélu à la tête de la plus grande démocratie du monde. 900 millions d’Indiens se sont rendus aux urnes et ont exprimé un choix clair. C’est une victoire pour vous, dont je vous félicite ici à nouveau, mais c’est aussi un signe de vitalité démocratique en Inde, pays le plus peuplé du monde et dans une zone où les valeurs que nous avons en partage, le respect du pluralisme, des droits et des libertés, ne sont pas unanimement répandues et doivent constamment être défendus.

Nous venons d’avoir, avec le Premier Ministre, comme c’est toujours le cas, une discussion riche et substantielle et c’est pourquoi nous avons décidé d’avoir un long tête à tête, avant de poursuivre dans un format élargi, juste après ce point presse, nos échanges.

Nous avons d’abord évoqué les priorités du sommet du G7. La participation de l’Inde que j’aie souhaitée au sommet du G7 de Biarritz était en effet à mes yeux essentielle. Cela fait partie de la recomposition du système international à laquelle nous devons travailler, parce qu’il est impossible aujourd’hui, sur des enjeux tels que la lutte contre le réchauffement climatique, la protection de la biodiversité, la protection de nos libertés dans l’espace numérique, de ne pas compter avec l’Inde dans le monde tel qu’il est et pour les raisons même que je viens d’évoquer. Cette démarche de pleine association de l’Inde aux responsabilités de la gouvernance mondiale, nous l’avons décidée pour le G7 comme nous la portons au Conseil de sécurité des Nations unies en soutenant son accession au statut de membre permanent.

Je crois très profondément que la confiance qui existe entre nos deux pays, ainsi que l’attachement commun que nous portons à la fois à notre indépendance et à la construction d’un multilatéralisme fort, est une alliance essentielle pour relever les défis contemporains et obtenir, ensemble, des résultats. Nous l’avons d’ailleurs démontré sur des sujets aussi importants que celui de l’accord de Paris sur le climat, ou après le retrait américain, en juin 2017, ou quand le monde entier pouvait douter de notre capacité à maintenir un haut niveau d’ambition, nous avons non seulement confirmé ce qui avait été décidé et acté, mais nous avons mis sur pied, à Delhi, ensemble, l’alliance solaire internationale que 73 Etats ont aujourd’hui rejoint. C’est dans ce même esprit de confiance et de responsabilités partagées, d’ambition, que le Premier ministre Modi m’a confirmé aujourd’hui son soutien aux priorités que nous porterons à Biarritz.

Sur le climat et la biodiversité d’abord : l’Inde, qui est en voie d’atteindre en avance ses objectifs nationaux, confirme son soutien à la pleine mise en œuvre de l’accord de Paris en acceptant de rehausser son niveau d’ambition, mais également en s’engageant à présenter une stratégie de décarbonation de long terme dès l’année prochaine. L’Inde se joint aux efforts que nous allons mener en faveur de la promotion de systèmes de refroidissement plus propres et plus efficaces pour renforcer l’amendement de Kigali sur les HFC. Il nous faut à la fois lancer la mobilisation de tous les Etats, lancer également un travail d’expertise pour engager nos économies dans la réduction de ces industries et de ces gaz. Cette mobilisation commencera au G7 et l’engagement de l’Inde à nos côtés est à cet égard essentiel. Enfin, l’Inde apporte son soutien à la Charte de la biodiversité adoptée par les ministres de l’environnement à Metz ce qui est aussi un point important.

A mes yeux, l’engagement de l’Inde sur ces sujets est absolument essentiel et compte tenu de ce que représente ce pays et des démonstrations passées que nous avons su faire ensemble sur l’alliance solaire international, c’est d’une part un engagement extrêmement fort mais aussi l’engagement que nous prenons l’un avec l’autre, de construire sur ces sujets des solutions utiles et concrètes. Ce que nous souhaitons sur la réduction des gaz HFC comme sur la biodiversité, c’est pouvoir ensemble, avec nos partenaires, construire un agenda concret de solutions alternatives.

Je veux ici remercier vivement le Premier ministre Modi pour son esprit de responsabilité et de décision, je crois qu’à cet égard, aussi compte tenu de la présence de l’Inde au G7, les décisions que nous acterons et les engagements que nous prendrons sont historiques en la matière, sur des sujets où nos concitoyens nous regardent.

Nous assumerons, de notre côté, toutes nos responsabilités aussi en matière de financements comme de transferts de technologie. J’ai confirmé au Premier Ministre Modi l’entière mobilisation de la France pour accompagner l’Inde dans les objectifs ambitieux qu’elle s’est fixée en matière de transition écologique, d’énergies renouvelables et d’infrastructures durables. D’ailleurs la mobilisation que la France conduit aussi à l’occasion de ce G7 pour obtenir des engagements clairs pour le Fonds Climat, après avoir œuvré pour l’indispensable réforme de la gouvernance de celui-ci, quelques semaines avant le Sommet climat au Nations unies, où la France a été mandatée sur le sujet du financement avec la Jamaïque par le Secrétaire générale des Nations unies, montre notre engagement concret à l’égard de pays comme l’Inde, en la matière.

Nous discuterons dans un instant avec le Premier ministre Modi d’autres sujets qui sont au cœur de ce G7 comme le numérique, la cybersécurité et l’engagement que nous voulons pour développer en particulier l’entrepreneuriat en Afrique. Autant de sujets sur lesquels je sais que l’Inde sera elle aussi à nos côté pour œuvrer utilement.

Nous avons aussi évoqué ensemble l’approfondissement de notre partenariat stratégique, et de l’ensemble de nos coopérations bilatérales. C’est le deuxième grand sujet de discussion que nous venons d’avoir. Nous avons constaté les progrès importants actés depuis la visite que j’aie effectuée en Inde au début de l’année 2018 selon les orientations que nous avions définies. Nous avons renforcé notre coopération maritime et renforcé notre coopération dans le cadre de l’axe indopacifique. L’exercice franco-indien Varuna au large de Goa en mai dernier a été d’une ampleur inédite avec l’implication de six bâtiments de chacune de nos deux marines, dont nos porte-avions.

Notre coopération spatiale a également été approfondie avec des accords à nouveau scellés aujourd’hui même sur le co-développement d’une constellation de surveillance maritime et sur l’entraînement des astronautes indiens et la participation de la France à la mission indienne vers Vénus – et j’en profite ici pour féliciter publiquement, je viens de le faire dans notre tête à tête, l’Inde pour le lancement d’une mission vers la lune le 22 juillet dernier.

En matière la lutte contre le terrorisme, nous sommes mobilisés ensemble après l’attentat de Pulwama en février 2019 pour que les responsables d’actes terroristes soient clairement identifiés et listés par les Nations unies. Les résultats obtenus sont à mes yeux une claire victoire de cette coopération franco-indienne. Nous avons également intensifié nos efforts dans le cadre de l’initiative lancée en France l’année dernière, No money for terror, à laquelle l’Inde a apporté une participation active et efficace.

Notre coopération de défense et d’armement est également très solide, car fondée sur une confiance inébranlable et sur le respect par la France des principes du Make in India. Et surtout sur le fait que nous partageons une vision stratégique : la nécessité de défendre la stabilité dans la région, de lutter contre le terrorisme et de protéger partout la liberté de la souveraineté, ce qui est d’ailleurs au cœur de notre stratégie indopacifique. A ce titre et dans ce cadre, nous avons d’ores et déjà obtenu des résultats. La livraison dans quelques semaines, et dans les délais, du premier Rafale indien sera un moment symbolique extrêmement important pour cette coopération structurante qui s’inscrit dans le temps.

Nous avons également évoqué toutes les coopérations en matière navale, en matière aérienne, et les progrès que nous comptons faire ensemble dans les prochains mois dans le cadre d’une relation d’Etat à Etat, de gouvernement à gouvernement, qui est véritablement la structure que nous entendons donner à la coopération de défense et d’armement entre nos deux pays.

Sur le nucléaire civil enfin, nous avançons, nous avons confirmé aujourd’hui l’objectif de franchir des étapes décisives sur le projet Jaitapur d’ici la fin de l’année pour parvenir dans les meilleurs délais à un accord final. Nous sommes au rendez-vous, nos industriels sont mobilisés, les coopérations souhaitées sont en train de se déployer et les experts en septembre se réuniront activement pour lever les derniers détails. C’est notre volonté d’avancer ensemble sur ce sujet.

Nous signons également à l’occasion de ce voyage du Premier Ministre Modi un partenariat stratégique en matière de cyber-sécurité et de numérique qui complète cette feuille de route, et nous actons sur ce sujet, ensemble, la convergence de nos visions politiques et nous posons les jalons pour une action commune forte dans secteurs stratégiques du super calcul comme de l’intelligence artificielle.

Nous avons également abordé l’ensemble de nos coopérations bilatérales. J’ai souligné ma volonté que nos coopérations économiques soient plus dynamiques. Nous sommes sur la bonne voie : nos échanges économiques ont augmenté de 25% en deux ans, nous allons instaurer un mécanisme de règlement des différends commerciaux et nous avons décidé aujourd’hui d’intensifier nos efforts dans le domaine des transports, de la ville durable et de l’eau.

Nos échanges humains sont enfin eux aussi en pleine dynamique. Nous actons aujourd’hui un accord très important de coopération sur la formation professionnelle. L’objectif que nous avions fixé en mars 2018 lors de ma visite en Inde de 10 000 étudiants accueillis en France d’ici 2020 a été obtenu dès cette année. Il y a donc deux explications possibles à ce phénomène, soit nous manquions d’ambition, Monsieur le Premier Ministre, soit nous avons très bien travaillé. C’est sans doute un peu des deux et donc je souhaite que nous puissions démultiplier les choses. C’est pourquoi nous avons fixé un nouvel objectif sur cette lancée : 20 000 étudiants en 2025. J’ajoute que de grands évènements sont devant nous avec notamment la présence de l’Inde comme invité d’honneur du prochain salon du livre et de très belles expositions à Delhi et à Paris.

Tout cela me fait dire, Monsieur le Premier ministre, que tout comme la France a fait le choix de l’Inde, l’Inde a fait le choix de la France.

Et, je veux finir sur ce point, ce partenariat stratégique qui se décline sur les grands sujets internationaux comme le climat et plusieurs autres, comme la force du partenariat stratégique bilatéral et régional est le cœur de notre stratégie indopacifique, repose sur la confiance.

Cette confiance elle s’éprouve surtout dans les moments les plus difficiles, comme ce fut le cas entre nos deux pays par le passé. C’est sur cette base que nous avons eu un échange approfondi et franc sur la question du Cachemire. Le Premier ministre m’a décrit la situation qui prévaut, après la décision de l’Inde d’abolir le statut spécial de l’Etat du Jammu-et-Cachemire. J’ai pour ma part rappelé qu’il appartenait à l’Inde et au Pakistan de résoudre leur différend dans le cadre bilatéral, et qu’il est de la responsabilité des deux parties d’éviter toute dégradation sur le terrain de nature à conduire à une escalade, de même que tous les efforts doivent être faits pour mettre fin à l’organisation d’actions terroristes transfrontalières. Le Premier Ministre Modi m’a fait part des changements auxquels il avait procédé qui relèvent de sa pleine souveraineté pour ce qui est des aspects juridiques. Mais aussi de son engagement, très ferme, à maintenir la stabilité dans la région et à lutter activement contre toute forme d’escalade et contre toute résurgence d’activités terroristes. La France demeurera évidemment attentive à ce que les intérêts et les droits des populations civiles soient dûment pris en compte dans les territoires de part et d’autre de la ligne de contrôle. Et nous tenons beaucoup à cet esprit d’apaisement, de dialogue, et nous tenons beaucoup à l’efficacité de cette politique de stabilité et de lutte contre le terrorisme. C’est pourquoi aussi, comme je l’ai dit au Premier Ministre Modi, j’aurai dans les prochains jours un échange en ce sens avec le Premier ministre pakistanais pour lui rappeler aussi la volonté de la France de voir cette question traitée dans le cadre bilatéral, mais le souci de la France de préserver la stabilité dans la région et la lutte contre toutes les formes de terrorisme.

Voilà Mesdames et Messieurs ce que je souhaitais ici dire, en remerciant à nouveau le Premier Ministre Modi pour cette deuxième visite. Vous êtes ici dans un lieu qui est au cœur de l’histoire française, qui a marqué les grands siècles, dont le parcs et une partie de l’architecture rappelle la grande époque et le grand siècle français, et qui porte aussi une part de l’histoire de la France au-delà de nos frontières. Mais c’est aussi un lieu qui accueilli nombre d’évènements organisés par des familles indiennes et quelques films de Bollywood. Et que je souhaite cette coopération à laquelle nous tenons beaucoup l’un et l’autre puisse se poursuivre dans ces lieux historiques. Nous continuerons notre échange dans quelques instants et je souhaite que ces lieux puissent aussi nous inspirer parce que ce qui préside à notre relation c’est le respect mutuel, la confiance, et la conscience profonde que nous avons l’un et l’autre et qu’on nos deux pays, que le monde actuel nous impose de nous élever parfois au-delà de nos conditions, de nos intérêts strictement nationaux pour prendre un peu de la charge de ce qu’est la stabilité du monde et le traitement des grandes questions.

Merci le Premier Ministre d’être là.

Feuille de route franco-indienne sur la cybersécurité et le numérique

Paris, le 22 août 2019

Vision commune

La France et l’Inde entendent faire du numérique un facteur de transformation de leurs sociétés, afin de favoriser la croissance économique, le développement durable et un accès à Internet sûr et amélioré, essentiel pour réduire la fracture numérique.

La France et l’Inde défendent donc une vision des technologies numériques qui autonomise les citoyens, réduit les inégalités et promeut le développement durable.

Sécurité internationale et effort diplomatique

La France et l’Inde affirment leur attachement à un cyberespace ouvert, fiable, sûr, stable et pacifique. Le droit international, en particulier la Charte des Nations Unies, est applicable et essentiel pour maintenir la paix et la stabilité et promouvoir un environnement numérique ouvert, sûr, pacifique et accessible. Elles réaffirment qu’il est important de promouvoir et de mettre en œuvre les normes volontaires de comportement responsable des États dans le cyberespace ainsi que les mesures de confiance et de renforcement des capacités élaborées dans le cadre des Nations Unies. Cet ensemble constitue le fondement de la paix et de la sécurité dans le cyberespace.

La France et l’Inde reconnaissent la responsabilité partagée d’une grande variété d’acteurs, dans leurs rôles respectifs, pour améliorer la confiance, la sécurité et la stabilité dans le cyberespace. Elles appellent au renforcement de l’approche multi-acteurs pour garantir un environnement numérique ouvert, sûr, stable, accessible et pacifique, et soulignent que cela nécessite un effort conjoint des gouvernements, de l’industrie, du monde universitaire et de la société civile.

Gouvernance, souveraineté et régulation des technologies

La France et l’Inde entendent œuvrer pour la promotion d’un environnement numérique inclusif, transparent et ouvert, en préservant une approche multi-acteurs et multilatérale d’Internet qui respecte les intérêts de toutes les parties prenantes, y compris les États.

La France et l’Inde reconnaissent que l’évolution rapide des technologies numériques et de leurs usages doit s’accompagner d’une action collaborative, cohérente, déterminée et résolue de la communauté internationale, visant à garantir la souveraineté des États sur l’infrastructure numérique située sur le territoire des États, ainsi que la protection des droits de l’Homme et de la liberté d’expression en ligne.

Coopération dans le domaine de la cybersécurité

La France et l’Inde reconnaissent la nécessité de poursuivre et d’approfondir le dialogue stratégique en matière de cybersécurité, dont la troisième édition s’est tenue à Paris le 20 juin 2019, et saluent la déclaration conjointe adoptée à l’issue de la réunion.

À cet égard, elles souhaitent renforcer leur coordination en soutien aux discussions en cours dans les différentes enceintes multilatérales dédiées concernant l’application du droit international et la mise en œuvre des normes de comportement responsable des États dans le cyberespace adoptées dans les précédents rapports des groupes d’experts gouvernementaux des Nations Unies.

La France et l’Inde affirment également leur volonté de renforcer leur coopération, notamment par le partage d’informations entre leurs organismes responsables de la cybersécurité, afin de prévenir les activités malveillantes, de prendre des mesures correctives immédiates, d’atténuer les effets éventuels de ces activités et d’identifier leurs causes.

Constatant la nécessité de renforcer la sécurité des processus, produits et services numériques, la France et l’Inde entendent partager des informations sur le cadre juridique et réglementaire et les bonnes pratiques, notamment s’agissant de la protection des infrastructures d’information essentielles à l’économie nationale ayant une incidence sur la sécurité nationale et de l’essai et de la certification des produits numériques. Dans ce contexte, la France et l’Inde entendent travailler ensemble sur les risques associés au déploiement des technologies 5G et sur les solutions techniques adoptées pour y faire face.

Par ailleurs, la France et l’Inde reconnaissent qu’il est nécessaire de traiter les problèmes découlant de la prolifération des pratiques et des outils malveillants dans le cyberespace, notamment en participant activement aux discussions pertinentes dans le cadre de l’arrangement de Wassenaar, auquel elles sont toutes deux parties. À cette fin, la France et l’Inde entendent partager leur cadre juridique et réglementaire respectif, en particulier s’agissant de la protection des infrastructures d’information essentielles à l’économie nationale.

La France et l’Inde soulignent combien il est important que tous les pays coopèrent étroitement pour répondre aux menaces transversales en matière de cybersécurité, en particulier dans le domaine des infrastructures économiques et d’information ayant une incidence sur la sécurité nationale.

Coopération dans le domaine de la lutte contre la cybercriminalité

La France et l’Inde reconnaissent que la cybercriminalité est un crime transnational qui requiert une coopération internationale renforcée pour traduire efficacement les cybercriminels en justice. Elles entendent ainsi renforcer leur coopération dans ce domaine, notamment pour faciliter le partage d’informations, la collecte de preuves, l’identification des coupables, en particulier les développeurs de programmes malveillants, les hébergeurs / fournisseurs de plateformes d’hébergement ou les diffuseurs. Elles expriment également leurs préoccupations concernant la sécurité des moyens de paiement électroniques et confirment leur attachement à la protection des consommateurs contre la fraude financière en ligne, y compris les retraits aux distributeurs automatiques. Enfin, elles prévoient de discuter de la prévention de la cybercriminalité avec les fournisseurs de services et les entreprises de médias sociaux pour rechercher des accords de partage d’informations.

Coopération relative à la gouvernance numérique

Enjeux de régulation

La France et l’Inde souhaitent renforcer leur coordination afin de soutenir l’élaboration d’une approche légitime, juste et équilibrée visant à sécuriser le secteur numérique au niveau international. La France et l’Inde reconnaissent également la nécessité de mettre en place le cadre nécessaire pour faire en sorte que les technologies continuent de protéger les biens publics, la souveraineté des données et les libertés fondamentales.

Régulation de l’intelligence artificielle

La France et l’Inde saluent le potentiel offert par le développement de l’intelligence artificielle, notamment dans les domaines du développement durable, de la gouvernance électronique, des transports autonomes, des villes intelligentes, de la cybersécurité, de la santé, de l’éducation et de l’agriculture.

La France et l’Inde reconnaissent la nécessité d’élaborer et de mettre en œuvre des politiques / programmes d’intelligence artificielle dans le contexte des services centrés sur le citoyen et de la souveraineté des données du point de vue juridique, réglementaire et de la cybersécurité. La France et l’Inde sont déterminées à promouvoir la recherche et le développement en matière d’intelligence artificielle en partageant leur savoir-faire et leurs bonnes pratiques.

La France et l’Inde réaffirment l’importance de la constitution d’un corpus juridique et éthique international pour garantir le développement rapide de l’intelligence artificielle au service de l’humanité, conformément au droit international. Elles affirment leur détermination à œuvrer dans ce sens au sein des différentes enceintes multilatérales (G7, G20, ONU) et à participer au Groupe international d’experts sur l’intelligence artificielle (G2IA).

Lutte contre les contenus terroristes, extrémistes violents et haineux en ligne

La France et l’Inde réaffirment la responsabilité et l’obligation de rendre des comptes des plateformes de médias sociaux en ce qui concerne la modération des contenus terroristes et

extrémistes violents ainsi que des discours de haine illégaux en ligne, et rappellent leur soutien aux principes énoncés dans l’appel de Christchurch.

Prévention de la manipulation de l’information

La France et l’Inde réaffirment leur volonté d’empêcher la manipulation de l’information et la diffusion d’informations fallacieuses, ainsi que l’importance de la liberté d’expression en ligne. Elles soulignent les risques pouvant être entraînés par la circulation d’informations manipulées et fallacieuses et par le profilage des données à caractère personnel. La France et l’Inde appellent à un échange international sur cette menace, en particulier sur la création d’un cadre pour réguler les plateformes de médias sociaux.

Protection des renseignements personnels

La France et l’Inde souhaitent mettre en place un écosystème numérique innovant, sécurisé et respectueux de la protection des données des utilisateurs. Dans le contexte de la mise en œuvre du règlement général de l’Union européenne sur la protection des données (RGPD) et de l’objectif de l’Inde consistant à mettre en place une réglementation adéquate dans ce domaine, les deux parties reconnaissent que la convergence des cadres de protection des données en Europe et en Inde faciliterait la circulation de l’information et des données.

Réduction de la fracture numérique

Compte tenu de l’importance et du rôle de la technologie dans la vie des citoyens, la France et l’Inde entendent promouvoir l’inclusion numérique, réduire la fracture numérique et soutenir l’habileté numérique, notamment en échangeant des informations sur leurs politiques nationales et les bonnes pratiques dans ce domaine.

Partenariat numérique franco-indien

Le ministère de l’Économie et des Finances de la France et le ministère de l’Électronique et des Technologies de l’information (MeitY) de l’Inde seront des points de contact pour

coordonner la mise en œuvre de ce partenariat numérique franco-indien par le biais de mécanismes appropriés.

Pour intensifier les échanges, les deux parties entendent organiser des consultations régulières sur le « partenariat numérique franco-indien » par le biais de réunions physiques et de vidéoconférences.

Les organisations figurant dans la présente feuille de route interagiront et assureront la coordination, le cas échéant, avec d’autres engagements pris entre des entités en France et en Inde.

1.1. Échanges économiques

Entreprises et innovation

La France et l’Inde souhaitent favoriser la coopération entre entreprises dans le secteur numérique en leur proposant un champ d’activité plus étendu sur leurs marchés respectifs. En outre, les entreprises numériques françaises et indiennes travailleront ensemble pour ouvrir le champ des possibilités commerciales à un niveau sans précédent et créeront des liens plus étroits entre leurs écosystèmes technologiques florissants.

La France et l’Inde ont déjà d’importants échanges économiques dans le secteur numérique, tels que les investissements bilatéraux de plusieurs entreprises françaises qui ont participé au rayonnement numérique de l’Inde, ainsi que d’entreprises indiennes qui ouvrent des bureaux en France.

La France et l’Inde soulignent l’importance d’une convergence rapide des écosystèmes de start-up dans les deux pays, en saluant les initiatives permettant aux entrepreneurs d’échanger des idées et de partager des projets, ce qui inclut les entreprises françaises du numérique en Inde et les entreprises indiennes du numérique en France, qui ont généré un nombre important d’emplois. On peut notamment citer les exemples suivants :

  • l’ancienne initiative French Tech Tickets, qui a permis à 13 start-up indiennes de suivre un programme d’incubation-accélération en France ;
  • la communauté French Tech Bangalore India, récemment lancée, visant à créer davantage d’échanges entre nos deux écosystèmes technologiques ;
  • un tout nouveau French Tech Visa, qui accélère les procédures permettant aux employés, aux fondateurs d’entreprises et aux investisseurs indiens de rejoindre l’écosystème technologique français et de créer de nouveaux ponts entre la France et l’Inde ;
  • la French Tech Community Bangalore India et MeitY Start up Hub, qui constituent un pont de coopération entre l’écosystème technologique français et indien.

1.2. Recherche, formation et éducation

Supercalcul, informatique quantique

La France et l’Inde soulignent le fait que le supercalcul constitue un élément essentiel de leur coopération bilatérale dans le domaine numérique. Elles apprécient les progrès réalisés dans leur coopération dans le cadre de la Mission nationale de supercaclul, qui a permis la création conjointe d’outils de calcul intensif.

Les deux parties se réjouissent du lancement d’un projet pilote franco-indien dédié à l’utilisation du calcul intensif pour la simulation des débits dans le bassin de la rivière Mahanadi.

La France et l’Inde affirment leur volonté d’élargir et d’approfondir encore cette coopération dans trois domaines principaux :

  • supercalcul appliqué à l’intelligence artificielle ;
  • informatique quantique : à cet égard, elles saluent la création d’un centre d’excellence franco-indien pour l’informatique quantique à Pune ;
  • supercalcul exaflopique.

Les deux parties conviennent en outre d’élaborer des programmes et des méthodologies dans le domaine des technologies émergentes, notamment l’intelligence artificielle, l’informatique quantique, la fabrication intelligente et les composants électroniques automobiles.

Initiative en matière d’intelligence artificielle

Dans l’espoir de tirer parti de l’excellence de leurs filières respectives d’informatique et de leurs écoles de mathématiques, la France et l’Inde souhaitent mettre au point un programme de recherche et d’innovation franco-indien dédié à l’intelligence artificielle.

Un consortium réunissant des institutions universitaires, des ministères et des entreprises de référence mobilisera tout le potentiel de la France et de l’Inde en matière d’intelligence artificielle autour de projets dans les domaines de la santé, du climat, des transports, de l’agriculture, de l’intervention en cas de catastrophe, des villes intelligentes, etc.

Dans le cadre de ce consortium, les deux parties s’emploieront à mobiliser chaque année 2 millions d’euros pour financer des projets de recherche fondamentale et appliquée, des bourses d’études pour la formation et la recherche, des échanges d’experts et de projets de recherche et des mesures de sensibilisation.

Ce consortium se réunira chaque année dans le cadre du Knowledge Summit et sa première réunion se tiendra à Lyon en octobre 2019./.

Dernière modification le 24/09/2019

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