Réception pour la communauté française

Discours de M. Jean-Marc Ayrault, Ministre des Affaires étrangères et du Développement international.

Bangalore, le 8 janvier 2017

Monsieur l’Ambassadeur,
Monsieur le Consul général,
Mes chers compatriotes,

Je suis très heureux d’être parmi vous aujourd’hui. Je le suis d’autant plus qu’aucun membre du gouvernement français n’était venu à Bangalore depuis très longtemps. Nous allons, ensemble, rattraper le temps perdu !

Vous êtes un millier de Français à Bangalore. C’est évidemment peu à l’échelle de ce pays-continent, mais c’est beaucoup dans un pays où les expatriés, notamment Européens, sont peu nombreux.

Je n’oublie évidemment pas nos autres compatriotes installés en Inde, à Hyderabad, Chennai ou Pune, à Calcutta ou à Bombay. Certains Français ont aussi fait le choix de vivre dans les zones rurales. Ils sont au contact d’une réalité indienne différente, une réalité qu’ils appréhendent souvent à travers leurs actions dans des projets humanitaires. Je salue leur engagement. J’ai aussi une pensée particulière pour nos compatriotes de Pondichéry dont quelques-uns, installés à Bangalore, sont présents ce soir.

Vivre à 8 000 kilomètres de chez soi, pour quelques années ou plus, n’est pas chose facile. La solidarité des Français de l’étranger est l’une de nos forces, comme l’est notre capacité à accueillir ceux qui arrivent dans un pays qu’ils connaissent parfois peu. Je salue le dynamisme de l’association Bangalore Accueil qui est à vos côtés pour réunir et faire vivre notre communauté. En septembre dernier, un projet d’enseignement complémentaire en français langue maternelle a été lancé, en lien avec notre Consulat. J’espère que ce projet pourra poursuivre son développement dans les années à venir.

Je remercie bien sûr notre ambassadeur Alexandre Ziegler et notre consul général François Gautier ainsi que toutes leurs équipes pour le travail fait ici, au service de la communauté française et du développement des relations entre la France et l’Inde.

La relation bilatérale franco-indienne repose avant tout sur des liens humains. Vous êtes l’incarnation de ces liens, que vous contribuez à consolider, tout comme le font les Français d’origine indienne de métropole et des Outre-mer, dont certains sont parmi nous aujourd’hui.

Les Indiens sont de plus en plus nombreux à s’installer en France. Cette immigration, qui contribue à la diversité et à la richesse de notre pays, a des racines historiques. On oublie trop souvent que l’histoire de La Réunion est étroitement liée à celle de l’Inde. Près d’un tiers des Français qui y résident sont d’origine indienne. Principalement originaires du Tamil Nadu ou du Gujarat, ils dressent un pont entre nos deux pays, au service de notre coopération. Je serai moi-même, après-demain, au Gujarat, où la France participe aux grandes rencontres économiques annuelles à Ahmedabad. J’y retrouverai le Premier ministre Modi, qui était aujourd’hui à Bangalore.

La relation franco-indienne est aussi un partenariat stratégique qui fait de l’Inde un partenaire majeur de la France en Asie. Ce partenariat stratégique est d’une grande vitalité, qu’il s’agisse de l’espace, de la sécurité maritime, de la lutte contre le terrorisme, de la coopération nucléaire et bien sûr de la défense. Il s’est encore renforcé l’an passé, avec la visite d’Etat du Président de la République qui a débouché sur la signature du contrat Rafale.

Ce partenariat entre nos deux pays est résolument tourné vers le futur. Ensemble, nous contribuons à construire l’Inde de demain. Ensemble, nous cherchons des solutions pour répondre à nos défis communs, comme celui du développement durable et de la lutte contre le changement climatique.

A la fin de l’année 2017, nous célébrerons à travers toute l’Inde, grâce au festival Bonjour India, la vitalité de la relation franco-indienne, notre amitié inébranlable et la communauté de valeurs entre nos deux pays.

Notre présence à Bangalore, c’est-à-dire votre présence, illustre parfaitement les multiples facettes de la relation franco-indienne.

Cette présence est aussi économique. Près d’une centaine d’entreprises françaises sont ici, des sociétés du CAC 40 aux PME, dans tous les secteurs. Dans les technologies de l’information – évidemment, puisque nous sommes au cœur de la Silicon Valley indienne ! Dans l’aéronautique, avec Airbus, Safran, Thalès, Dassault, dont je salue le récent succès. J’évoquais Thalès ; rappelons que son ancêtre, CSF, avait installé, dès 1953, en coopération avec les autorités indiennes, une des premières usines de matériel de télécommunication de Bangalore, aujourd’hui au centre du groupe public Bharat Electronics. La France a donc été pionnière du développement de cette capitale indienne de l’électronique !

Je pense aussi à d’autres secteurs comme le transport ferroviaire avec Alstom ou le sport avec Décathlon, bel exemple de réussite française en Inde.

Je ne saurais citer tous ceux qui participent à la solidité des liens franco-indiens. Tous, vous illustrez la diversité de la présence française en Inde et la diversité de nos compétences, du talent et du savoir-faire français. Je pense aux start-ups et à l’innovation. Je pense aussi à l’espace. Nos deux agences spatiales, le CNES et l’ISRO, travaillent ensemble depuis plus d’un demi-siècle – encore des pionniers ! Aujourd’hui, l’Inde est notre premier partenaire non-européen après la NASA.

Lundi, avec le président du CNES, nous irons à l’ISRO, puis nous visiterons une société privée indienne qui a le projet d’envoyer, à la fin de cette année, un petit robot sur la lune. Les yeux de ce robot, deux caméras de très haute technologie, seront français. Un équipement français foulera, pour la première fois, le sol lunaire ; il sera venu à bord d’une capsule indienne, bel exemple de nos accomplissements conjoints.

La présence française à Bangalore est aussi l’histoire d’un partenariat scientifique et universitaire parmi les plus actifs d’Inde. Les établissements français ont de nombreux accords avec leurs homologues indiens. Chaque année, plusieurs milliers d’étudiants indiens viennent poursuivre leurs études en France. Beaucoup viennent de Bangalore. Un peu plus tôt aujourd’hui, nous avons lancé la plateforme numérique « France Alumni », pour leur permettre, une fois rentrés, de garder un lien fort avec la France, de se sentir membre d’une communauté que nous ferons vivre tous ensemble.

Des étudiants français viennent aussi chaque année passer quelques mois ou plus dans une école indienne. C’est la prochaine génération de Français, ouverts au monde, curieux et respectueux de l’autre, et qui, demain, traverseront nos frontières pour gagner des parts de marché, nouer des partenariats fructueux ou représenter notre culture. Je salue l’action de l’Alliance française de Bangalore dans la promotion du français et de la culture française. Nous avons en Inde un réseau de 14 Alliances françaises, animées par des comités indiens : merci à eux de cette francophilie, merci de nous aider à développer non seulement notre langue, mais les valeurs qui nous rassemblent.

Mes chers compatriotes,

On dit souvent aux nouveaux arrivants en Inde : vous ne changerez pas l’Inde, l’Inde vous changera. Pour moi, je l’admets, le processus est encore récent, puisque je suis arrivé depuis moins de 24 heures… ! Mais je sais que l’Inde est un pays qui marque profondément. Par son histoire, sa culture, ses hommes. Par les défis auxquels elle est confrontée, aussi.

L’Inde change, nous le voyons. Elle change vite. Elle a conscience que les défis qui s’imposent à elle sont des défis majeurs, non seulement pour le pays mais pour l’équilibre du monde. Ils sont aussi autant d’opportunités à saisir et nous voulons que la France accompagne ce changement. Merci à tous ceux, citoyens et entreprises, qui ont fait le choix de s’implanter en Inde et à Bangalore et d’accompagner l’émergence de ce grand pays. Vous tous contribuez au rayonnement de la France.

Mes chers compatriotes, je forme pour vous et les vôtres en cette nouvelle année des vœux de réussite et d’épanouissement.

Vive l’amitié franco-indienne,
Vive l’Inde,
Vive la France.

Dernière modification le 13/01/2017

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