Lancement de France Alumni à Bangalore

Discours de M. Jean-Marc Ayrault, Ministre des affaires étrangères et du Développement international.

Bengaluru, le 8 janvier 2017

Monsieur le Président de l’Alliance française,
Messieurs les directeurs,
Monsieur l’ambassadeur,
Monsieur le consul général,
Madame la directrice de Campus France,
Mesdames et Messieurs les professeurs,
Chers étudiants et étudiantes, chers Alumni,

Quel beau symbole ! Quel beau symbole que celui de cette lampe allumée. C’est pourquoi je tiens vraiment pour commencer mon propos à vous dire combien je suis heureux d’être là, pour cette nouvelle inauguration d’un nouveau réseau d’alumni dans le monde. Ce n’est pas le premier mais ce ne sera pas le dernier. Et c’est une belle histoire qui s’écrit et que nous écrivons ensemble. Et nous le faisons ici, à l’Alliance française, dans ces magnifiques locaux que j’ai pu visiter il y a quelques instants et qui est d’abord un lieu de rencontre des cultures françaises et des cultures indiennes. Ce qui est formidable c’est que cette Alliance française existe depuis plus de 50 ans. C’est une première étape de ma visite en Inde et cette étape est forte en symbole. Depuis ce matin, visite d’un temple puis du marché, là où vivent les gens, rencontre avec le Premier ministre, et puis avec vous, ici à l’Alliance française, et avec tous ces jeunes du réseau Alliance française. C’est donc très important de commencer par là.

La France et l’Inde partagent cet objectif, et je l’ai ressenti depuis le début, de promouvoir l’éducation et le développement des compétences de leurs jeunesses. Comme l’Inde, la France veut continuer à démocratiser l’accès à l’enseignement supérieur et faire en sorte que nombre de jeunes de tous les milieux sociaux puisse y accéder davantage que c’est le cas aujourd’hui. Et ça veut dire aussi davantage investir dans la qualité de l’enseignement, pas seulement dans le nombre. Les deux vont ensemble.

Partout sur la planète il y a un défi, c’est celui de la mobilité étudiante internationale. C’est un véritableenjeu pour toutes les nations. Cette mobilité est un gage de liberté. C’est une ouverture de perspectives. Nous avons eu la chance d’échanger avec quelques uns d’entre vous il y a quelques minutes, c’était un entretien bref mais qui révèle cette envie de découvrir, cette envie d’aller ailleurs, de fixer les idées, de se mettre en mouvement pour bâtir des projets. Dans ce monde ouvert qui est le nôtre, en espérant qu’il ne se ferme pas trop dans les prochaines années, c’est ici que se passe l’étape fondamentale dans la construction du parcours d’un jeune adulte qui ensuite va vivre sa vie, bâtir des projets, vivre des nouvelles expériences. Ce que vous faites ici c’est unique, la découverte d’une culture différente. Vous êtes lesétudiants du XXIème siècle, mais vous êtes aussi les héritiers des jeunes Anglais du XVIIIe siècle qui accomplissaient le « grand tour », ce voyage de formation où l’on sortait des sentiers battus pour découvrir le monde. C’est toujours valable, c’est toujours d’actualité, c’est toujours une même exigence.
La mobilité étudiante internationale à travers les chiffres en est d’ailleurs le reflet puisque 4 millions d’étudiants internationaux en 2012 et on va passer à 8 millions d’étudiants en 2020 , voilà la mobilité étudiante de notre époque. Et en ce qui concerne la France, rès de 300 000 étudiants étrangers rejoignent la France chaque année et découvrent une forme d’éducation « à la française », une éducation héritée d’une longue histoire et en particulier celle des Lumières, qui mêle exigence intellectuelle et esprit critique. Il faut garder ce cap de l’exigence intellectuelle et de l’esprit critique. On peut être fort dans une matière mais ne pas avoir suffisamment de recul et d’esprit critique. Ce qui fera des hommes et des femmes libres pour l’avenir, et suffisamment conscients, lucides et en même temps sages, c’est d’être capable d’exercer en toute indépendance son esprit critique. L’esprit critique, ça peut paraître surprenant de parler ainsi et ça peut paraître désuet, mais à l’époque où la pression de l’information spontanée à travers les réseaux sociaux, j’alais dire à travers le tweet qui tombe et qui retombe, il y a un risque de simplification, il y a un risque de manipulation, il y a un risque de croire aussi au complot, qui pourrait au fond nous faire perdre le recul nécessaire et nous faire perdre en quelque sorte la vraie liberté. Ce qui est au cœur de l’enseignement, dès l’école primaire, c’est d’apprendre à raisonner librement et ne pas se laisser impressionner ni manipuler. Cela fait partie des libertés fondamentales.

Je reviens à cela parce que c’est le projet et les valeurs que la France veut continuer à défendre partout dans le monde. Pour être convaincant et être crédible, il faut rester accueillant. Alors je le disais nous accueillons chaque année plus de 300 000 étudiants étrangers chaque année en France, nous sommes le 3e pays d’accueil des étudiants en mobilité et le premier pays d’accueil non anglophone. C’est pour nous une fierté. C’est pour nous une exigence aussi pour que cette situation s’inscrive dans la durée.

Je suis convaincu que la présence d’étudiants étrangers dans un pays, et je parle pour la France, c’est une chance. D’ailleurs lorsque ces étudiants vont repartir, la plupart d’entre eux auront une bonne maîtrise de la langue française, ils seront aussi des hommes et des femmes qui auront connu une partie de la culture française mais aussi des Français eux-mêmes. Ce seront en quelque sorte des ambassadeurs de notre langue, de notre culture, de notre mode de vie, de notre art de vivre. C’est une richesse pour eux mais c’est aussi une chance pour nous. Le lien d’esprit et de cœur que les étudiants étrangers nouent avec la France, la France veut le nouer en retour avec eux. Car c’est dans les deux sens que ces échanges doivent avoir lieu, le mot échange est bien là pour le dire, pour favoriser une meilleure compréhension du monde, cultiver la tolérance qui est au cœur de nos démocraties. Parce qu’au fond, lorsque j’évoquais la nécessité de l’esprit critique, c’est justement pour consolider et pour préserver cet acquis extraordinaire, et qui n’est pas une conception occidentale, et l’Inde est bien placée pour en parler, c’est la démocratie. Et la démocratie pour la préserver c’est une exigence permanente. Ce n’est jamais fini. Un régime autoritaire, on voit à peu près ce que c’est. Mais la démocratie, c’est une exigence de tous les instants, pas seulement pour les dirigeants politiques mais pour tous les citoyens. C’est important d’en être conscient, que c’est un bien précieux et qui en même temps est fragile.

Je disais Mesdames et Messieurs et chers amis jeunes étudiants qui êtes venus en France, vous êtes nos meilleurs ambassadeurs mais nous souhaitons aussi que ce soit la même chose dans l’autre sens, que les jeunes Français qui viennent ici, et je souhaite qu’ils soient de plus en plus nombreux, puissent aussi être des ambassadeurs de l’Inde et parler de l’Inde avec sa richesse et sa diversité, en connaissance de cause.
Je reviens aux étudiants indiens en France. En 2016, ils étaient 4000. Ça peut paraître peu, parce que nous partions de très loin. C’est 50 fois plus qu’il y a 20 ans. Franchement, c’est très insuffisant au regard de la qualité des relations qu’entretiennent nos deux grands pays. J’ai pu m’en rendre compte ce matin en parlant avec le Premier Ministre Modi à quel point la relation stratégique entre la France et l’Inde est en train de se renforcer, comme une nécessité, et veut à tout prix s’inscrire dans la durée. Alors 4000 étudiants c’est bien trop peu. Le président François Hollande et le premier ministre Modi ont décidé à juste titre que l’enseignement supérieur et les échanges d’étudiants seraient une dimension essentielle de notre partenariat stratégique. J’ai fixé comme objectif que la France accueille 10 000 étudiants indiens par an d’ici 2020. Cet objectif est ambitieux, mais il est totalement à notre portée quand on regarde les chiffres de progression. Madame le directrice de Campus France, je sais que vous allez veiller comme toujours partout, avec vos équipes qui sont vraiment formidables, que cet objectif soit atteint.

Ici, à Bangalore, où se trouvent certains des plus beaux fleurons de l’enseignement supérieur indien, je veux rappeler les priorités de la France depuis plusieurs décennies dans ce domaine. Ces priorités, ce sont le partage et l’excellence.

Le partage, tout d’abord. La France a fait le choix de l’égalité des chances, le choix d’un accès à son enseignement supérieur public ouvert à tous et au moindre coût. L’Etat français prend en charge une très grande partie des frais de scolarité afin de permettre à chacun d’accéder à la meilleure formation possible. Ces frais d’accès à l’université restent peu élevés et sont identiques pour les étudiants français et pour les étudiants étrangers.

Tout en continuant à renforcer notre offre de formation en anglais, nous souhaitons promouvoir davantage nos formations en français. Etudier en français est un atout pour les étudiants qui ont ainsi accès au monde francophone, à sa culture, ses réseaux et ses entreprises.

L’ouverture de notre système éducatif ne se fait pas pour autant au détriment de la qualité. Bien au contraire ; notre système d’enseignement supérieur et de recherche est guidé par sa volonté d’excellence – les nombreux prix qui distinguent chaque année la recherche française en témoignent. Cette quête d’excellence se retrouve aussi dans la qualité des enseignements dispensés dans les universités et grandes écoles françaises. Elle permet à nos entreprises de développer des produits et services innovants et compétitifs. Elle leur permet aussi d’accueillir de très nombreux collaborateurs étrangers, et de s’implanter à l’étranger. C’est le cas en Inde, avec plus de 400 entreprises françaises et plus de 1000 implantations dans le pays, actives dans des secteurs aussi divers que l’énergie, les transports, le spatial, les services. Demain, c’est de vous, jeunes diplômés, dont ces entreprises auront besoin. Vous aussi vous allez créer des entreprises, vous en avez parlé tout à l’heure, certains sont déjà partis pour le faire et d’autres envisagent aussi de le faire.

Nous avons souhaité créer un réseau des anciens étudiants en France pour leur permettre de rester en contact avec notre pays : avec la langue et la culture françaises, avec leur université d’accueil, avec leurs amis français. A travers France Alumni, nous souhaitons que notre attractivité universitaire se poursuive en aval de l’expérience des étudiants en France, parce que ce sont eux nos meilleurs porte-paroles.

Le projet France Alumni développé par Campus France et lancé fin 2014 à l’échelle mondiale a déjà été déployé dans plus de 70 pays sur les cinq continents, avec plus de 35 000 Alumni d’ores et déjà connectés.

Cette plateforme est ouverte à tous ceux qui, comme vous, ont choisi d’étudier en France et qui veulent prolonger leur expérience française. France Alumni n’ambitionne pas seulement de réunir les étudiants autour d’un établissement. Elle ambitionne de les rassembler autour d’une expérience : celle de la mobilité internationale.

Je vous invite à créer votre profil et à rejoindre la communauté de ceux qui partagent cette expérience des études en France. Nous mettrons tout en œuvre pour faire vivre et fructifier ce réseau. Maintenant c’est à vous de jouer. Et je vous fais confiance. J’ai bien vu votre enthousiasme, à travers les témoignages que j’ai entendus il y a quelques instants, je n’ai aucun doute que ça va marcher. D’abord vous êtes venus, vous êtes là, c’est la meilleure preuve.

En ce début d’année, je profite de cet instant où on parle de l’avenir pour vous dire à quel point je suis heureux de vous présenter mes meilleurs vœux, des vœux de réussite, des vœux de bonheur personnel, des vœux d’espoir et de confiance. Confiance en vous d’abord, parce que vous êtes l’avenir, l’avenir de nos nations, la jeunesse. Plus la jeunesse aura entre les mains des capacités à décider par elle-même, plus nous pourrons voir aussi l’avenir de nos sociétés avec confiance.

Je suis ministre des affaires étrangères, je ne vous l’apprends pas, je voyage beaucoup, et je ressens l’incertitude qui pèse sur l’avenir du monde : des décisions politiques, des crises, des guerres, des conflits. En même temps, lorsque je regarde et j’échange avec les sociétés civiles, en particulier avec les jeunes, je me dis qu’il y a beaucoup de raisons d’espérer. Voilà le message que je voulais vous dire. Au-delà de l’incertitude, il y a les lignes de force, il y a des capacités, et vous les incarnez. A vous d’abord, et à chacun de nos pays, bonne chance, bonne année 2017.

Dernière modification le 13/01/2017

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