Commémoration des attentats de Bombay, Discours de M. le Président de la République : le 7 Décembre 2010

(Bombay, 7 décembre 2010)

Monsieur le Gouverneur,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mes Chers Compatriotes,

Ici même, le soir du 26 novembre 2008, nos compatriotes Loumia et Mourad Amarsy, aimés et respectés en Inde et en France, étaient lâchement assassinés par des terroristes.

C’était le soir où l’horreur s’abattait sur cette ville, meurtrie au plus profond par des attentats comparables à ceux du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis. Les terroristes s’attaquaient à des foules innocentes en choisissant leurs cibles de façon à tuer le plus possible, à semer partout la terreur et la mort. Les massacres de la gare Shivaji, de l’hôpital Cama, du centre juif Chabad House, du café Léopold, des hôtels Taj, Oberoi et Trident tuaient 166 personnes et faisaient des centaines de blessés. Trois jours durant, les terroristes occupaient les hôtels et Chabad House, prenant leurs occupants en otage et dévastant tout sur leur passage. Guidés par des complices à l’étranger grâce aux moyens de communication les plus modernes, ils déjouaient les efforts des forces de l’ordre jusqu’à l’assaut final. La technologie était ainsi mise au service de la sauvagerie et du fanatisme. Ces attentats resteront à jamais dans nos mémoires. La France n’oubliera pas cette ville martyrisée.

Je veux vous dire solennellement : que nous serons aux côtés de l’Inde pour que justice soit faite. Chacun sait comment ces attentats ont été conçus, comment ils ont été planifiés, comment ils ont été financés.
Les responsables de ces meurtres ont équipé, entraîné et conduit à distance le commando terroriste de Bombay.

Les attentats de Bombay ont prouvé que le terrorisme n’est rien d’autre qu’une activité criminelle. Le terrorisme prétend agir en vue de buts politiques ou religieux. La vérité c’est que les terroristes sont des sauvages et le terrorisme de la sauvagerie. Le terrorisme prétend servir des idéaux, il les injurie par ses actes. Pour nous tous, qui sommes explicitement menacés par Al-Qaida, il ne suffit pas de chercher à se protéger contre les attentats : il nous faut trouver le moyen d’en prévenir la répétition.

Il n’est pas acceptable que la sécurité de l’Inde puisse être menacée par des groupes terroristes agissant à partir de territoires voisins. Il n’est pas acceptable pour l’Afghanistan et pour nos soldats que les Talibans et Al-Qaida trouvent refuge dans les zones frontières du Pakistan. Nous savons le tribut que le peuple pakistanais lui-même paie au terrorisme. Mais il n’est pas acceptable pour le monde que des attentats terroristes aient pour origine ou pour auteurs des groupes entraînés au Pakistan.

Le Premier ministre de l’Inde a fait preuve d’une remarquable retenue au lendemain des attentats de Bombay et il conduit avec obstination une politique de dialogue avec le Pakistan que nous appuyons.

La France attache un grand prix à ses relations avec le Pakistan. Mais un Pakistan démocratique, stable et prospère. Aucune fatalité ne condamne le Pakistan à être la victime et le creuset du terrorisme mondial. Je compte sur toutes les autorités pakistanaises pour intensifier leurs efforts et se montrer résolues contre les criminels.
La France, soumise elle-même à des menaces et à un chantage permanents de la part des terroristes islamistes, auxquels elle ne cèdera pas, la France est bien décidée à intensifier ses efforts pour éradiquer ce fléau.

La première exigence, c’est la coopération internationale. Une coopération totale et sans restriction.

Le terrorisme doit être déclaré universellement hors-la-loi. Il ne doit pas y avoir de sanctuaire pour les terroristes.

Les conventions internationales qui organisent la lutte contre les différentes manifestations du terrorisme doivent être appliquées avec rigueur et détermination.

Les coopérations policières, judiciaires doivent être plus denses. Rien n’est pire que l’utilisation par les terroristes de faiblesses dans nos systèmes de coopération.

Nous avons, avec le Premier ministre indien, fait de cette question une priorité, je le dis il n’y aura pas de limite à nos coopérations opérationnelles entre l’Inde et la France dans la lutte contre le terrorisme.

Cette action contre le terrorisme, nous sommes déterminés à la conduire dans le respect strict de nos valeurs et de l’Etat de droit. Y renoncer, adopter des législations d’exception ou recourir à des méthodes inhumaines, ce serait, d’une certaine façon, faire le jeu des terroristes en abdiquant notre dignité. On ne combat pas le terrorisme avec les méthodes des terroristes.

Au-delà de cette action immédiate, la communauté des nations doit s’interroger maintenant sur les raisons pour lesquelles le terrorisme a pu devenir en quelques années un fléau d’une telle envergure ; sur les raisons pour lesquelles des jeunes peuvent être irrésistiblement attirés vers cette forme barbare d’action prétendument politique et prétendument religieuse ; sur les raisons pour lesquelles des personnes éduquées, à qui la vie semblait tout donner, peuvent devenir candidats au massacre et au suicide. Pour impardonnables qu’ils soient, ces crimes ne sauraient nous exonérer de cette réflexion.

De quoi s’agit-il ? D’une réaction face à des identités culturelles ébranlées ? Du contrecoup pervers des injustices du monde tel qu’il est ? Sans complaisance à l’égard du terrorisme, l’extension de ce fléau doit nous conduire à agir davantage pour corriger les injustices les plus criantes et les dérives les plus évidentes.

Ce message, la France et l’Inde, toutes deux portées à l’humanisme, toutes deux éprises de paix, toutes deux conscientes de la nécessité du respect des cultures et de leur diversité, doivent le porter ensemble.

Mes Chers Compatriotes je suis heureux que Bombay ait su soigner en peu de temps ses blessures et que M. le Gouverneur ait pu reprendre sa marche en avant. Je suis heureux et même fier que tant de Français, que beaucoup de nos entreprises viennent ici participer à la belle aventure du développement de l’Inde.

Bombay reste cette magnifique Porte de l’Inde ouverte sur le monde, la capitale économique du pays. C’est une métropole cosmopolite qui doit voir l’avenir avec optimisme.

Lors des attentats de Bombay, des centaines d’étrangers, parmi lesquels de très nombreux Français, ont été sauvés par l’héroïsme des personnels des hôtels Taj, Trident et Oberoi.

Je voudrais aujourd’hui exprimer la solidarité de la France et de l’Inde contre le terrorisme. Et souhaite exprimer la gratitude de la France envers ces Indiens si courageux.

Je souhaite en honorant les directeurs des hôtels Oberoi et Taj Mahal au moment des attentats, rendre un hommage chaleureux à toutes celles et tous ceux qui ont contribué, parfois au péril de leur vie, à sauver celle de nos ressortissants.

Monsieur Devendra Bharma, vice-président des hôtels Oberoi et Trident de Bombay, vous m’aviez accueilli à Delhi en janvier 2008. Je sais quelle a été votre action personnelle et celle de toute votre équipe à Bombay pendant ces journées tragiques. Vous avez pris des décisions qui ont sauvé des centaines de vies.

Monsieur Karambir Kang, ancien directeur général de l’hôtel Taj Mahal,
Vous n’avez pas hésité un instant à vous impliquer au péril de votre vie, pour que les clients de votre hôtel soient sauvés. La France veut vous remercier et c’est la raison pour laquelle, je vais maintenant vous remettre les insignes d’Officier de l’Ordre national du Mérite.
Je vous remercie./.

Dernière modification le 16/12/2010

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